Pour Noël, Basile a eu une opération du coeur.

Les contes de Noël ne se lisent pas que dans les livres d'enfants. En voici un  Un vrai. Grâce à un bel élan de solidarité d'une poignée de Rennais, Basile Yameogo a quitté son petit villagedu Burkina Faso pour venir se faire opérer du cœur en France. La mort le guettait. A 17 ans, il démarre une nouvelle vie.

 «Dans mon village, il n'y a rien »

Il était tout le temps essoufflé Basile. Comme  un vieux lion. Ses copains rigolaient de lui et son instituteur lui flanquait régulièrement une raclée, car il était toujours, en retard à l'école. Avec son sourire de porcelaine, ce frêle jeune homme de 17 ans raconte un quotidien édifiant. « Pour aller à l'école primaire, je devais faire six kilomètres à pied. Les autres enfants couraient dans la brousse, moi, j'avais du mal». Au lycée, les choses se sont compliquées. «Il fallait aller à la ville de Koudougou. À douze kilomètres. Tous les matins, je me levais à 4 h pour ne pas rater les cours. Le soir, je rentrais épuisé de ces longues marches à pied. »

   Et puis, un jour, Basile a déclaré forfait. Ou plutôt son cœur. «Je me sentais tellement fatigué... Je n'avais plus la force de marcher.» D'une logique implacable, son père  lui a dit: «Eh bien tu n'iras plus à l'école.»

 Basile a vu un cardiologue qui lui a délivré  un diagnostic sans appel: «Tu souffres  d'une malformation cardiaque. Mais on n'a  pas les moyens techniques de t'opérer au Burkina...» L'histoire aurait pu s'arrêter là, laissant à Basile une espérance de vie de  trois ans. Une fatalité à l'africaine, où la mort s'invite un peu trop dans le quotidien des vivants.

   En décembre 2003, le destin a fait une jolie pirouette. Basile a croisé le chemin du docteur Gérard Casolari. «Je suis parti là-bas, dans le cadre d'un partenariat qui lie l'association  rennaise de quartier Vivre aux Longs-Champs, dont je fais partie, et le village de Siemtanga où vit Basile, explique le médecin. Nous menons sur place des opérations d'aide humanitaire. »

   De cette rencontre est née une folle évidence: II faut sauver le petit Basile. «Je ne pouvais pas laisser ce gamin. Je voulais qu'il ait sa chance. » Gérard s'est battu avec l'aide de l'association des Longs-Champs. Il leur faudra deux ans pour surmonter tous les obstacles  qui,  inlassablement,  viennent contrecarrer les élans de générosité. « Notre association n'a pas beaucoup d'argent, explique Félicité Desbrousses. Et c'est dur de faire sans...» Cette jeune femme au sourire enjôleur ne s'est pas démontée. Originaire,  elle aussi, du Burkina, elle est à l'origine des  projets en faveur du village de Basile.

   Tout le monde s'y est mis. Un par un, les  maillons d'une vraie chaîne de solidarité se sont soudés. Un pilote d'Air France, membre de l'association, est allé chercher Basile à  Ouagadougou, et l'a accompagné jusqu'à Rennes; l'hôpital Pontchaillou a accepté de baisser les tarifs de son bloc opératoire ; la  clinique Saint-Laurent a offert les jours de convalescence ; trois chirurgiens l'ont opéré gratuitement, le 8 décembre. «La veille de l'opération, j'ai beaucoup pensé à Basile, confie, Jean-Marc Schleich, cardiologue et cardiopédiatre. C'est vraiment une belle histoire. Elle a réuni plein de personnes différentes. Mais j'étais un peu inquiet. Nous avions prévu une dilatation de la valve pulmonaire. Une opération qui ne nécessite pas d'ouvrir, mais elle se pratique souvent sur des enfants plus jeunes que Basile.

J'avais peur qu'on arrive un peu tard. Tout s'est bien passé. Ce gamin va pouvoir retourner à l'école, c'est génial. »

   Après quelques jours de convalescence à là clinique; Basile est retourné chez Félicité qui l'héberge depuis son arrivée en France. Il se repose et s'habitue bien à la vie française. « C'est dingue, vous avez trois repas par jour. Chez moi, on ne mange qu'une fois par jour et parfois, il n'y a plus rien.

Alors on part chasser les oiseaux. Si on en gagne, on mange. Sinon... »

Basile ouvre des grands yeux, sur un. monde qui l'étonne, 1e fascine. «Dans mon village, il n'y a rien. Pas d'eau, pas d'électricité. Et puis, d'un coup, j'ai pris l'avion. J'ai eu peur. Puis le métro, le TGV.... Je suis dans une grande ville, je n'avais jamais vu autant de maisons de ma vie. » Mais- il s'adapte vite. Il a déjà appris à se servir d'un ordinateur et tape doucement, mais sûrement, sur les touches pour écrire son histoire. Il ne veut rien oublier pour tout raconter aux copains quand il va rentrer, début janvier. Ils vont avoir du mal à le croire quand il  leur décrira le cockpit de l'avion, les vagues sur les plages du Morbihan et ce match de  foot, au Stade Rennais.

 L'histoire ne s'arrête pas là. «Je veux qu'on aille plus loin, confie Gérard Casolari. Pourquoi ne pas organiser des formations pour les cardiologues locaux et leur permettre de travailler sur place. D'autre part, nous sommes à la recherche de fonds afin d'aider les religieuses qui s'occupent du dispensaire de Siemtanga.» Car Basile en a plein des copains qui ont besoin de soins.

                      Philippe LEMOINE.

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Association Vivre aux Longs-Champs. Tél. 0299387708 permanence les samedis de 11 h à 12 h.